Ce que j'en dis

Satire et ça riposte

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Je dois avoir un problème.

Pourquoi, lorsque le terrorisme frappe, je ne peux pas simplement faire comme tout le monde et prouver illico mon humanité en postant sur les réseaux sociaux un petit mot de soutien aux victimes ?

Je sais pas…

Peut-être parce que d’autres s’en chargent déjà très bien.

Pour certains, c’est même devenu une spécialité. Vous savez, ceux qui mettent systématiquement en scène leur grande âme sur Internet. En vrai, ils ne témoignent pas de leur solidarité, ils font des selfies émotionnels. Oh, regardez comme je souffre, comme je suis atteint au plus profond de moi, qu’est-ce que je suis une belle personne quand même (…ah, et au fait, pour me suivre, c’est le bouton en haut à droite sur ma page de profil).

Peut-être aussi parce que ce torrent de sensiblerie virtuelle est vain.

Comme si ça avait déjà permis d’éviter le moindre attentat. Genre le mec ceinturé d’explosifs et qui s’apprête à finir en tartare de fils de pute, d’un coup, il se rappelle avoir vu passer un message sur Facebook. Un truc poignant du style : smiley avec une larme, cœur, cœur, drapeau du pays touché. Et là, choupette, il est ému. Il rentre chez sa mère.

Bah non.

Et entre nous, c’est exactement l’inverse qui se produit. Ca les fait bander ces tarés. Ils ont les corps caverneux qui se gorgent de nos pleurs. C’est exactement ce qu’ils cherchent, et nous, on leur livre notre détresse comme sur un plateau. Vos posts larmoyants, c’est leur YouPorn à eux.

Alors finalement, oui, je crois que j’ai vraiment un problème.

Un problème avec la mièvrerie de spectacle. Je ne parle pas de la douleur réelle, qui relève de l’intime, mais plutôt de celle qu’on revendique trop fort, impudiquement, en l’usurpant de fait aux victimes réelles.

Bien sûr qu’une onde de fraternité aide à panser les blessures, mais certains gémissements semblent par trop artificiels et pire, à géographie variable.

Je suis Paris ! Je suis Bruxelles ! Je suis Berlin ! Je suis Londres ! Je suis Manchester !

Les mecs croient qu’ils vivent un Erasmus de la compassion. Sauf que quand il faut être Islamabad, Mogadiscio ou Tikrit, bizarrement y’en a qui ont oublié leur passeport.

Sans compter les « Je suis Charlie » qui se sont pris pour des Jesse Owens devant Hitler juste parce qu’ils ont acheté un exemplaire sans en avoir jamais lu d’autres, qui après quelques pintes en terrasse se prenaient déjà pour Jean Moulin.

Après, chacun son truc. Ce n’est pas le mien.

Parce que moi, dans ce type de situation, je ne trouve jamais rien de mieux à faire que de tenter une petite blague. Justement pour cracher à la gueule de chacun de ces détraqués : t’auras pas ma peine, t’auras pas mes frayeurs, t’auras pas ma colère. Elles sont à moi, rien qu’à moi. T’auras rien, sale chien.

D’où mon dernier crime, celui d’avoir osé plaisanter à chaud sur l’acte barbare de Manchester.

 

Je vous cache pas que ce tweet a laissé quelques traces. J’ai eu l’impression de causer plus de nausées qu’une mayonnaise bourrée de salmonelles servie dans une maison de retraite.

Emportés par une diarrhée en moins de 140 caractères, quelques vengeurs masqués ont eu la délicate attention d’inviter ma famille à crever dans d’atroces souffrances. Des petits génies de la logique, sûrement. Le genre d’esprit supérieur prêt à militer pour le rétablissement de la peine de mort, histoire de bien faire comprendre aux gens que tuer c’est mal.

Dans le championnat de France de décence, je suis peut-être pas super haut, mais les gars sont encore loin derrière moi au classement.

D’autres ont commenté d’un simple « Supprime ». Pardon, mais vous êtes qui au juste ? Votre père c’est Messmer ? Comme si j’allais m’exécuter… Surtout qu’avant de vous prendre pour des mentalistes, essayez d’abord de réfléchir par vous-même. En faisant ça, vous avez donné une visibilité accrue au tweet incriminé.

C’est quand même assez teubé. Moi je déteste JUL par exemple. Et ben je vais pas m’amuser à l’écouter à fond dans ma bagnole, toutes fenêtres ouvertes, en gueulant aux passants : « Hey, oh, vous entendez comme c’est bien de la merde ? ».

Comme à chaque fois, j’ai également eu le droit à une flopée de « Trop tôt ». Ma réponse est invariable :

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Je vous passe les juristes niveau classe de SEGPA qui ont évoqué les procédures qu’ils ne manqueront pas d’enclencher pour me châtier. Limite ils mentionnaient une fiche S, la Cour Pénale Internationale de La Haye et une expulsion vers le Mordor.

Des procédures juridiques. LOL. Et à quel titre, ça m’intéresse ?

Je n’ai en rien insulté les victimes, juste vomi sur leur bourreau.

Dans la vanne, à mon avis, c’est pas le terme « sombre connard » qui a pu déranger, à moins que vous ayez prêté allégeance à Daesh. Alors c’est la notion de virginité, c’est ça ?

Pourtant ce n’est pas de ma faute si cette idéologie crasseuse attrape des paumés de tout poil, en leur faisant miroiter un forfait pucelles. Eux si immondes, la carotte de la pureté les aimante vers la mort comme l’ampoule incandescente attire un moustique assoiffé de sang. Et c’est tout sauf un hasard si c’est précisément ce concert qui a été ciblé. Des jeunes filles libres, insouciantes, pile ce qui frustre ces dégénérés qui, ne pouvant les posséder ici, rêvent de les asservir dans un hypothétique au-delà.

A ceux qui m’ont accusé de m’être vautré salement dans la culture du viol, je vais peut-être vous étonner. Oui, c’est très précisément ça. Renseignez-vous sur l’Etat Islamique. Sur leur vision de la femme. Si culture du viol il y a, les mecs sont académiciens. Vous pensez vraiment que les 72 vierges dans le contrat, c’est pour jouer à action ou vérité ?

Pour le reste, je vous laisse à vos interprétations. Je ne cherche pas à plaire. Je ne cherche pas à choquer. Chacun son mécanisme d’autodéfense face à l’horreur. Moi je réagis instinctivement avec ma seule arme. Le sarcasme.

Au mieux, j’ai tiré un sourire à quelques personnes qui avaient besoin de s’extirper un instant de cette noirceur.

Rien que pour ça, ça en valait la peine.

Et au pire, quoi ? J’ai permis à d’autres de passer leurs nerfs, en allumant un contrefeu. Pour ça aussi, ça en valait la peine. Le mal par le mal, c’est souvent curateur.

Ce qui est certain, c’est que je ne connais pas la douleur des parents orphelins de la chair de leur chair. En revanche j’ai des gosses, et même si à l’occasion d’un caprice ou d’une fresque au marker sur le mur de leur chambre, ils m’ont déjà fait toucher du doigt ce que peut être une pulsion meurtrière, rien ne me tétanise plus que la peur de les perdre.

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118 réflexions sur “Satire et ça riposte

  1. Quand les gens auront compris que le rire est le remède à tous les maux, nous aurons fait un sacré pas en avant. Mais je pense que je suis utopique. L’humain aime se plaindre, l’humain se nourrit du malheur des autres pour se complaire lui-même dans son pseudo-bonheur. Cette fausse compassion me débecte… Rions tant que nous le pouvons. Rions de tout, vu que le même avenir nous attend tous. C’est bel et bien la mort qui un jour ou l’autre rira de nous….

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  2. Sofy dit :

    J ai ri en voyant ton tweet… Et, plus tard, j ai aperçu que beaucoup t étaient tombés dessus pour ça… Y compris des gens que je pense pourtant suffisamment subtils pour ne pas tomber dans le piège de l outrance mal placée. Du coup ça m a rendue un peu triste, comme à chaque fois que j ai l impression que des gens, qui ont finalement plus de choses en commun que des désaccords, notamment sur les choses fondamentales, se prennent le bec sur des malentendus de forme… Et j’ai malheureusement l impression que la tendance n est pas à l apaisement de ce côté-la
    Soutien de moi en tout cas 😉

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  3. MonNomEstPersonne dit :

    C’est une question de timing. Chaque catastrophe, drame ou accident monopolise les monologues hystérico-désespérés, … jusqu’au prochain, celui qui sera encore plus visible, que l’on pourra encore mieux commenter et grâce auquel nos lamentations seront des preuves de la bonté de notre âme (parce que oui, NOUS, nous en avons une).

    Le monde, les gens, les egos, tout est en ordre pour attendre avec impatience le suivant ; celui qui ne s’oubliera pas, celui qui marquera les esprits…
    Celui qu’on oubliera en comptant ses amis ou ses abonnés, celui qu’on évacuera par une énorme dinde à Noël ou un gigot bien rôti à Pâques, ou au pire (du meilleur) par un portable must have.

    Alors oui pour certains la diarrhée verbale permet d’évacuer pour ne pas laisser la folie nous emporter, pour certains seulement.

    Merci pour ce texte qui est parfaitement à l’image de ce que beaucoup ressentent, et ne vous laissez pas abattre par ceux qui jugent, volent ou tuent, parce que nous sommes nombreux à avoir besoin de lire vos mots.

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  4. Salut Landyves, clin d’oeil de soutien. La guerre technologique exportée en Irak par les forces de la coalition nous reviennent sous une forme artisanale sur nos territoires. Nous devenons tous une victime potentielle. C’est le principe de la « petite guerre » définie par Clausewitz. Le sous marin nucléaire peut-il lutter contre un cutter ? Considérant la pensée dominante qui interdit de réfléchir, vos réflexions sont justes, pertinentes et salutaires. Les cutter tuent les hommes qui ne pensent plus – mais les pensées sarcastiques accélèrent la pensée des hommes qui vivent. Ce qui est arrivé se reproduira. Nos enfants grandiront avec cette négativité. Habitant dans les Alpes Maritimes, notre traumatisme est impensable. Merci, Yves Land pour cette capacité à pervertir le réel par le retournement verbal, par le sarcasme caustique et par la perspective vivifiante de révéler, autrement, le nihilisme destructeur, de notre monde.
    Nous suivons votre post sur Twitter depuis longtemps – Merci pour ces explosions cérébrales. Pierre

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  5. Philippe FERSANCOURT dit :

    Je vous découvre par hasard  » la vie c’est magique, à la fin on disparaît tous  » ne me demandez ni ou ni quand, j’ai juste noté votre phrase que je fais mienne … ( sans vous la voler ) … Ceci, sans rire, car je suis un peu mourant mais si heureux de vivre … Car pour ceux qui ont compris, dont je crois vous êtes …  » au printemps, il n’y a pas que les journées qui rallongent  » de moi même personnellement et je vous laisse y puiser à foison toute la richesse de cette délicate pensée … Je le devine, ma modestie doit vous surprendre, que n’ai je publié plutôt ?
    Merci de vos Haïku …

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  6. flupke214 dit :

    « Vos posts larmoyants, c’est leur YouPorn à eux ».
    Cette comparaison est géniale et très lucide. Puis-je m’en inspirer pour mes nanonouvelles (avec une dédicace à la fin :-)) ? Cela donnerait ceci sur mon twitter @ContesNains :

    Pour Yves, les posts larmoyants des sociétés et des individus victimes du terrorisme étaient le youporn des djihadistes. @LANDEYves

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  7. C’est le genre de billet que j’aurais avoir aimé avoir écrit. Mais je ne sais pas écrire comme ça. Je garde précieusement le « selfie émotionnel », c’est tellement vrai… Twitter est un lieu merveilleux mais redoutable, car il permet au plus sombre con d’être lu alors qu’ailleurs, tout le monde se fiche de ce qu’il pense. L’effet Janis est de plus en plus puissant et sclérosant. Mais il faut toujours garder en tête la réalité : peu de gens lisent les commentaires, et le sombre con ou la sombre conne avec 25 followers n’est en fait lu(e) par personne.

    C’est exactement comme quand je dis un truc à la radio, et que sur le million d’auditeurs, un bon millier m’insulte en m’écoutant : je m’en fous complètement, et ce qui est cool, c’est que je ne le sais pas, je ne les entends pas. Sur Twitter, si je lis mes notifications, je le sais, et je dois arriver à m’en foutre de la même façon, car la majorité des autres sont d’accord avec moi.

    Bref, pour un tweet, il faut toujours rapporter le nombre d’insultes au nombre d’impressions. Sortir du selfie émotionnel est nécessaire, mais forcément déstabilisant. Un fois que l’on a compris cette notion de rapport insultes/impressions, ça va mieux.

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    • Merci pour ce commentaire que je prends comme un compliment. Je suis forcément d’accord avec le constat, à ceci près que parfois cela va un peu plus loin : mon compte Twitter vient justement d’être supprimé car une poignée de justiciers virtuels en a décidé ainsi…

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  8. Rodriguez dit :

    Monsieur

    J’adore vous lire, dans ce monde il est bon cet humour sarcastique.
    Dans mon métier parfois pas évident, dans mon entreprise, les employés geignent. Au début je méditais comme je pouvais puis un jour je me suis aperçue que moi aussi je commençais à me plaindre.
    Zut, non pas ça ! Je devais trouver un autre moyen.

    Merci à vous et team détraqué et à bien d’autres…
    Ma lecture de vos écris est une « sou pape »

    Bien à vous .

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