Ce que j'en dis

Tabou or not tabou

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La liberté d’expression, c’est compliqué.

Parce que la liberté d’expression a des limites. Et que souvent, ces limites sont très difficiles à définir. Par exemple, dire que Robert Ménard est un connard, est-ce de la diffamation, une injure ou tout simplement du journalisme ?

Vous voyez, c’est dur. Mais quand il s’agit d’humour, c’est encore pire.

Pour ma part, j’ai longtemps considéré que l’humour n’avait aucune limite, contrairement à l’intelligence qu’il faut parfois pour le comprendre – ou tout du moins l’accepter.

Le problème, c’est que des gens limités, y’en a un paquet.

En l’occurrence, le 7 janvier 2015, deux gars salement limités se sont illustrés, en faisant de Charlie Hebdo une bande décimée. Ce jour-là, comme beaucoup, j’ai découvert que si les mots peuvent blesser, des dessins pouvaient tuer.

Et c’est précisément le problème de l’humanité.

L’amour utilise un arc et une flèche alors que visiblement, la haine préfère la Kalachnikov.

Comment expliquer ça à un gosse, hein ? Je me souviens de la réaction du mien devant les flashs info. Décontenancé, il m’a demandé : « Papa, papa, moi aussi je risque de mourir si je fais des dessins ? ».

J’ai pris un instant pour réfléchir et lui ai simplement répondu : « Mais non mon grand, t’inquiètes pas ! Evidemment que tu ne vas pas mourir si tu dessines ! Enfin sauf si c’est sur les murs du salon, comme la dernière fois ». C’était un peu provoc, mais il a ri. Et ça lui a fait du bien autant qu’à moi.

Alors oui, les mecs de Charlie étaient constamment dans la provoc. La question n’est pas de savoir s’ils avaient tort ou raison. Qu’est-ce que ça change ? Ce que je sais en revanche, c’est qu’ils avaient probablement un autre dessein que de terminer le corps entouré d’un croquis à la craie.

Pourtant, j’ai encore en tête certaines postures… « Oui, enfin, bon, ils l’ont un peu cherché aussi »… C’était intolérable. Sérieusement, y’a vraiment des gens qui pensent qu’ils cherchaient à mourir ?

Les mecs militaient contre les religions, pas pour l’euthanasie.

Bien sûr, leurs caricatures de Mahomet ont pu heurter. Mais honnêtement, n’est-ce pas déjà un putain d’amalgame de penser, ne serait-ce qu’un instant, que les musulmans, TOUS les musulmans, sont tellement limités qu’ils sont incapables de second degré ou d’un minimum de tolérance ?

 Ce qui est sûr en tout cas, c’est que si la liberté d’expression a des limites, le blasphème n’en est pas une. C’est même un droit fondamental dans notre société laïque. Je dirais même que le droit au blasphème, c’est sacré.

Et pour une raison très simple : s’il suffisait qu’une seule personne croit en quelque chose, pour qu’on interdise la possibilité d’en rire, ce serait la fin. Attendez, il y a bien des gens qui croient encore dans les politiques. Et sous ce prétexte, on ne devrait plus se foutre de la gueule de Manuel Valls ? Ce serait encore plus triste que le programme de François Fillon.

Et puis si on va par là, quelque part, ne pas croire en Dieu, c’est une croyance en soi. Et face aux convictions des athées, dans ce cas, tous les croyants blasphèment. Malgré cela, parmi les athées, aucun n’a jamais fait irruption dans les locaux du magazine La Croix pour vider un chargeur en criant : « Personne n’est grand ! Bande de chiens de fidèles, vous n’êtes pas les arrières-arrières-arrières petits enfants d’Adam & Eve, vous êtes tous les lointains descendants d’organismes unicellulaires ! ».

La vérité, c’est que la liberté d’expression, c’est vrai, des fois ça picote.

C’est comme ça. Des fois même, ça fait chier. Mais ce n’est pas une raison pour se comporter comme une merde et envisager de cribler de trous de balle le corps d’un contradicteur. Et puis, si vous avez un doute, renseignez-vous. Faites un échange Erasmus avec la Corée du Nord. Vous verrez que l’absence de liberté d’expression, c’est encore moins un bon délire.

Il y a des limites, oui. La vraie diffamation sur une personne, c’est violent. L’injure à son endroit, pareil. Les propos appelant à la haine, qui rassemblent notamment l’apologie de crimes contre l’humanité, les propos antisémites, racistes ou homophobes, tout ça c’est dégueulasse.

Mais même là, vous savez quoi ? Je serai plutôt pour libérer la parole. Car si je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire et que vous passiez pour un gros con aux yeux de tous, voire mieux, que vous mangiez du ferme lors de votre procès.

Sincèrement, si vous êtes persuadé que quelqu’un déverse un torrent de conneries, le meilleur moyen de lui causer du tort, c’est de le laisser s’exprimer.

C’est aussi ça notre société. La liberté de toutes les expressions, même les pitoyables. Et il faut la défendre cette liberté, car elle est fragile.

Il faut l’attiser, sinon sa flamme vacille.

Il faut l’utiliser, encore et toujours. Car la liberté d’expression, c’est exactement l’inverse d’une gomme. C’est quand on ne s’en sert pas qu’elle diminue.


(Article publié dans Le Fopulaire, journal parodique du Grand Limousin que vous pouvez retrouver sur Facebook ou Twitter)

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19 réflexions sur “Tabou or not tabou

  1. Le problème avec les opinions genre « Les homosexuels sont des sous-hommes », c’est que ça conduit à de la violence sur ces mêmes homosexuels.
    En dehors de grands coups d’éducation dans le derrière, interdire ce genre de propos est malheureusement une des rares possibilité pour éviter une violence meurtrière.
    Pragmatiquement parlant, si tu laisses libérée la parole homophobe, ça aboutit à des meurtres (ou violences) homophobes.

    Aimé par 1 personne

    • Oui je suis d’accord. Et c’est pour cela que le droit existe. Mais pour condamner quelqu’un il faut des preuves. C’est bien de laisser les gens les apporter comme sur un plateau.

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  2. C’est faux, ils ne militaient pas contre toutes les religions, uniquement le catholicisme et l’islam. S’ils avaient osé dire un dixième de 1% sur les juifs, ils auraient été traînés en justice pour incitation à la haine raciale. La liberté d’expression est tout de même un peu limitée en France, hélas !

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    • C’est faux (pour te paraphraser). Charlie à toujours été assez égalitaire sur ce point. Je reconnais par contre que plus largement, il peut y avoir des disparités de traitement.

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    • Cac Tux dit :

      Faux. Plein de stats et chiffres ont été publiés sur le sujet : ils ont tapé à peu près équitablement sur toutes les religions (en tous cas les principales).

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  3. Laurène dit :

    Magnifique texte, et entièrement d’accord avec vous sur le fond. J’ai eu la chance d’avoir un fils trop petit pendant toutes ces calamités pour se rendre compte de quoi que ce soit, mais je me suis effectivement demandé comment j’aurais géré s’il avait eu conscience des événements. La réponse à votre fils est merveilleuse, car elle arrive à dédramatiser et à apaiser un esprit encore fragile, et pour ça je dis bravo.

    Vous maniez l’humour avec tellement d’agilité que c’est un plaisir de vous lire. Merci

    Aimé par 2 people

      • Laurène dit :

        Et c’est sincère ! Je me suis tellement bidonnée sur vos articles qu’il fallait quand même vous remercier en ce début d’année 🙂
        J’ai la conviction que l’on peut rire de tout, et vos textes me parlent beaucoup. Mon mari étant un vrai melting-pot à lui tout seul (vietnamien, libanais, algérien et polonais), il aime dire qu’il peut faire des blagues sur tout le monde, puisqu’il en fait toujours un peu partie 🙂

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  4. Bien joué Monsieur LANDEYVES, votre piège tendu aux mécréants franc-maçons athée juifs et cosmopolites a parfaitement fonctionné… J’écris immédiatement la Kommandantur pour dénoncer l’époux de Laurène… Vietnamien-libanais-algérien-polonais, faut pas déconner… C’est une véritable provocation anti-française !

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  5. « Robert Ménard
    Est un connard »
    Et si c’était de la poésie ? Licence artistique. Inattaquable.
    « Pour moi, c’est important que les cons puissent s’exprimer, sinon on ne saurait pas que la connerie existe, ou pas à ce point, et on ne saurait pas quoi leur répondre ». Guillaume Champeau

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  6. Guywaert dit :

    J’ai adoré : »ils avaient probablement un autre dessein que de terminer le corps entouré d’un croquis à la craie. » Très bon !
    Sinon, le sujet est un réel sujet de société. Faut il ou peut on laisser la paroles aux cons ? Ben j’ai pas la réponse mais j’aurais tendance à penser qu’entre des croquis rigolos et des propos « pousse à la haine », c’est pas tout à fait pareil. Mais ce n’est qu’un avis qui en vaut un autre…
    Merci pour ces textes pleins d’humour qui font aussi réfléchir.

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