Ce que j'en dis

Défonce immunitaire

Drogue mort

« La drogue, c’est mal »

La sentence tomba. Sèche. Définitive. Mon grand-père ne comprenait pas que je puisse fumer un petit joint de temps à autre. C’est mal, fin de la discussion. Quelques mois plus tard, il était emporté par une cirrhose.

La drogue, c’est de la merde.

Ils en sont farouchement convaincus. La cinquantaine, le genre de couple bien comme il faut. N’empêche que monsieur avale des petites pilules bleues quand il baise sa secrétaire pendant que madame se gave d’anxiolytiques pour supporter la situation.

La drogue, c’est mortel.

Certes. Mais selon que vous soyez adepte ou détracteur, la phrase ne prend pas le même sens. Le terme « drogue » n’a pourtant rien de morbide à la base : étymologiquement, il dérive du persan « droa » (odeur aromatique).

Cette réputation macabre vient de loin. Prenez le cannabis par exemple. La légende veut qu’au Moyen Âge, une secte chiite conditionnait ses membres à tuer sous l’emprise du haschich. Ceux qu’on nommait alors « les Hashâchines » seraient donc à l’origine du mot « assassin ».

Le message est clair. La drogue tue.

Sauf que faire fumer quelqu’un à longueur de journée, c’est pas vraiment idéal pour le transformer en meurtrier. D’un point de vue scientifique, c’est même une hérésie. Un crime de sang froid, ça demande un minimum de volonté et de réflexes psychomoteurs.

A mon avis, les Hashâchines passaient plutôt leur temps affalés dans un canapé en peau de dromadaire, à ricaner bêtement tout en s’empiffrant de loukoums parce que (putain) qu’est-ce que ça donne faim.

Quoiqu’il en soit, cette rumeur historique en dit long sur le jugement moral qui entoure la drogue. La drogue, c’est la mort. Forcément. Problème : le haschich a fait nettement moins d’assassins que le tabac n’a commis de meurtres.

Oui mais voilà, le tabac est légal et ça, ça change tout.

Pareil pour l’alcool ou les antidépresseurs. Ce ne sont pas des drogues, ce sont des produits. Nuance. D’ailleurs, on ne parle pas de trafic, mais de commerce. Nuance. En gros, si tu consommes de l’herbe, tu n’es qu’un dangereux sociopathe qui vit en marge de la société. En revanche, si tu gobes ton Prozac quotidien avec un petit verre de rouge, au contraire, tu participes activement à l’économie française.

Sans compter qu’avec un peu de chance, tu mourras plus vite que prévu, ce qui libérera une place sur le marché de l’emploi et limitera le déficit des retraites. Un vrai patriote quoi.

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Loin de moi l’idée de faire l’apologie des drogues. J’ai bien conscience des risques qu’elles induisent. Je peux même en témoigner : la première fois que j’ai pris de l’ecstasy, j’ai failli mourir étouffé.

Nota bene : quand t’es déchiré et affamé, t’as vite fait de confondre une boîte de Pringles avec une autre qui renferme des balles de tennis.

Enfin bref.

Ce que je veux dire, c’est que tout cela est très hypocrite. Face au nombre de cancers des poumons et de tués sur les routes (qui ne ressusciteront pas malgré le sang du Christ dans leurs veines), combien de gens sont réellement morts empalés par une licorne après avoir consommé du LSD ?

L’Etat décide de ce qui est légal ou pas, sans la moindre logique, si ce n’est celle de puissants lobbies.

L’Etat limite la vitesse, mais toutes les voitures du marché affiche avec arrogance un minimum de 180 km/h au compteur. Et bien que les accidents de la route puissent être mortels, il n’a jamais été question d’en interdire la vente. La différence avec la drogue, c’est qu’on mise sur l’attitude responsable des usagers, en leur inculquant dès le départ les règles de bonne conduite.

C’est peut-être ça la solution. Instaurer un permis de se droguer.

Surtout que pour certains, un examen théorique ne serait vraiment pas du luxe. Mon petit frère par exemple. Fatigué de trimballer son pucelage, il avait élaboré un plan astucieux :

  1. Aller en boîte,
  1. Droguer une fille,
  1. La ramener à l’hôtel,
  1. Devenir un homme.

Sauf que personne ne lui avait réellement expliqué le principe. Moralité, sa proie s’est tout de suite rendue compte qu’un joint flottait à la surface de son mojito…

S’il avait passé son « code stupéfiants » au préalable, sans doute n’aurait-il jamais été forcé de découvrir l’amour tarifé et, par la même occasion, l’herpès génital.

Par contre, l’examen pratique ne serait qu’une formalité. Et oui. Entre nous, prendre de la came, c’est donné à tout le monde. Ou presque. En réalité, il faudrait juste en interdire l’accès aux femmes enceintes (ce pays compte déjà assez d’handicapés et de jeunes qui rêvent de participer à une émission de téléréalité).

La consommation accompagnée dès l’âge de 16 ans permettrait en outre de réduire le fossé qui sépare les générations. Taper de la coke avec ses parents, ce serait rassembleur non ? Comme sur autoroute, ils se feraient sûrement un grand plaisir de transmettre les bons reflexes à leur progéniture. Du genre : « Un trait = danger. Deux traits = sécurité ».

Tiens, tant qu’on parle de cocaïne, faudrait également penser à la rendre obligatoire pour les fonctionnaires en préfecture, histoire de ne plus avoir à patienter des heures avant de récupérer notre précieux sésame.

Enfin voilà, je propose. C’est juste une idée.

On peut toujours continuer à se voiler la face. A sanctionner aveuglement au lieu d’éduquer. A perpétuer la prohibition qui rend les drogues tellement attrayantes aux yeux des jeunes, tout en persistant à leur donner le droit d’acheter de l’alcool à partir de 18 ans, pile à l’âge où ils obtiennent celui de conduire…

On peut continuer de nier aux gens leur libre-arbitre et formater leur existence.

Fais pas ci, fais pas ça. Ne mange pas trop gras, trop sucré, trop salé. Ne te drogue pas. Surtout pas. Mensualise tes impôts et tes rapports conjugaux, prends un crédit immobilier sur 30 ans, un monospace, un labrador, des antidépresseurs, une corde, un tabouret. Et suicide-toi.

Parce que pour le coup, la vie aussi c’est mortel.

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35 réflexions sur “Défonce immunitaire

  1. Estelle dit :

    J’adore vos tweets et admire vos articles, mais celui-ci me laisse perplexe. Je ne saisis pas l’idée générale et j’y vois (un peu) une certaine apologie de la drogue. Très belles formulations néanmoins. Vous êtes génial !

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    • En vérité, c’est plus une apologie de la prévention et de l’éducation en la matière. L’état n’est pas forcément pertinent et impartial dans ses arbitrages. Merci en tout cas !

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    • Non, aucune apologie de la drogue ici. Si ce n’est le désir d’être laissé tranquille quand il fume son buzz 😀

      Je ne suis pas d’accord avec tout, mais on m’a linké l’article après une discussion hier et il y a tout de même des idées intéressantes et des rapprochements judicieux. Ce n’est pas grand chose, mais j’ai partagé l’article sur mon mur 🙂

      Au plaisir monsieur.

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  2. Clément dit :

    La drogue, c’est aussi mauvais si c’est de l’alcool, et autant si ce sont des médicaments pris sans prescription. Il est bancal, ton argumentaire. Il part du principe que celui qui te dit « la drogue c’est mal » ne considère pas l’alcool ou le tabac comme des drogues nocives, ce qu’ils sont bien évidemment.

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    • Oui, sauf que dans le discours commun, l’alcool n’est pas une drogue par exemple. Pour la majorité des gens, la drogue c’est ce qui est illégal. C’est très binaire comme approche, mais c’est comme ça que l’opinion réagit.

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  3. Super article très objectif et simplement écrit mais je veux juste apporter une petite précision sur les assasins d’autres fois, ceux fumaient en effet du hashish mais dans des sortes de maisons closes avec beaucoup d’alcool (et de putes bien evidemment) et on leur faisait croire que c etait un bout du paradis. Ceux tuaient donc à jeunt dans l’unique espoir d entrer au paradis s’ils reussissaient leur coup 😂… Merci pour l article en tout cas

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  4. « ce pays compte déjà assez d’handicapés et de jeunes qui rêvent de participer à une émission de téléréalité » Pourquoi, c’est différent ? XD

    « Un trait = danger. Deux traits = sécurité » Référence aux Casseurs Flowters avec leur titre Bloqué ?

    Sinon très bon article, comme tout les autres que j’ai lu 🙂

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    • Non, tu as raison. Ce n’est pas différent ! Et pour le coup, pas de référence aux Casseurs Flowters, mais c’est une vanne qui traîne depuis longtemps dans ma tête comme dans celles de plein de gens je suppose. Merci pour ton commentaire en tout cas.

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  5. Lionel dit :

    Pour info, la vanne un trait danger, deux traits sécurité vient du film les grandes bouches, et voici l’extrait :

    Merci pour cet article plein de finesse (bien qu’une petite distinction drogues « douces et dures », car certaines sont tout de même dangereuse…)

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    • Ah ah j’avais pas vu le film. Je suis d’accord pour la distinction. Mais l’alcool et la cigarette le sont aussi. C’est une question de référentiel sociétal et de libre arbitre.

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  6. Guywaert dit :

    Je comprends que votre frère ait trouvé un échappatoire dans la drogue après avoir été jeté du 2eme étage et pris des boules de pétanque dans la figure… Sinon, je reste sur ma faim pour cet article car je n’ai pas compris l’objectif (faut peut être que je le relise à jeun 🙂

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