Ce que j'en dis

Le vrai du faux

Au commencement, il n’y avait pas de mensonges.

En même temps, avec le cerveau à peine plus grand qu’un Kinder Surprise, les premiers hommes étaient bien trop cons pour savoir mentir. D’autant que leur communication orale tenait plus des sonorités d’un deep throat que du langage à proprement parler.

En gros, leurs vies ressemblaient à celle d’un nourrisson. Dormir. Manger. S’essayer en vain à la station debout. Dessiner sur les murs avec leurs excréments. Mais pas le moindre mensonge.

Une triste époque quoi.

Fort heureusement, nos lointains ancêtres ont fini par découvrir le langage. Et là c’est venu très vite.

Ca a démarré sur une broutille.

Le 5 février de l’an de grâce -234.709, sur les coups de 18h environ (difficile d’être vraiment précis), l’Homme de Néandertal rentre chez lui et surprend sa femme en train de se masturber à l’aide d’un fémur de mammouth.

« Sur la vie de ma mère, c’est pas ce que tu crois. Tu vas rigoler : je nettoyais la caverne quand soudain j’ai glissé et… ouais bon, laisse tomber… par contre, bonne nouvelle : je crois que j’ai découvert mon point G ! »

Bref, le tout premier mensonge de l’humanité. Et qui perdure encore aujourd’hui, vu que la majorité de nos congénères est toujours convaincue de son existence.

Tout ceci aurait pu en rester là si un petit malin, visiblement plus imaginatif que les autres, n’eut jamais croisé la route d’un gros naïf.

Ainsi naquit la religion.

Contre toute attente, le truc a pris. C’est même devenu les Marvel Comics de l’Antiquité. Et vas-y que je t’invente des histoires de super-héros vivants sur des cumulonimbus et tout un tas de conneries à base de divinités cheloues, du genre avec une tête d’hibou sur un corps de hyène tachetée.

Puis ce fût l’escalade. La surenchère. En ces temps reculés, on allait jusqu’à faire des offrandes à son ami imaginaire. Ici des fruits, là du bétail, parfois des bijoux ou encore les entrailles d’un nouveau-né fraichement découpé au silex.

C’est simple, à cette époque il y avait tellement de mythos, qu’ils ont appelé ça « la mythologie ».

Je vous passe les délires qui ont suivi, la mer qui s’ouvre en deux, l’ange descendu sur terre négocier une gestation pour autrui, les 72 vierges prêtes à partouzer post-mortem avec des psychopathes, pour peu qu’ils aient pris quelques cours de pilotage et une tour de 500 mètres de haut en pleine gueule…

Cela dit, il faut tout de même reconnaître que le mensonge a pleinement participé à l’essor de notre civilisation.

Il en est même la pierre angulaire.

Sérieusement, aurait-on eu la même natalité au fil des siècles si les mères avaient avoué à leurs filles la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur l’horreur de l’accouchement ?

A l’évidence, le mensonge a garanti la survie de notre espèce. Et ça continue de nos jours.

En effet, le taux d’homicides ne serait-il pas bien plus élevé si on disait ouvertement aux jeunes parents tellement fiers de nous présenter leur bébé que non, définitivement non, il ne leur ressemble pas – ni à elle, ni à lui – mais qu’en revanche, il a un petit air de Gollum.

A quoi bon être franc de toute manière ? Ce nourrisson grandira dans le mensonge quoiqu’il advienne. A commencer par le Père Noël. La petite souris. Le fameux « Fais des études, si tu veux avoir un travail quand tu seras grand ».

Bien sûr, il finira par comprendre la supercherie. Plus tard.

Précisément quand il sera au chômage de longue durée malgré son Bac+5. Quand il devra expliquer à ses rejetons pourquoi le Père Noël n’aime pas trop les gosses dont les parents sont au RSA.

Et il ne lui restera plus qu’à attendre l’oseille de cette putain de souris pour pouvoir refaire ses chicots, tout ça parce que notre système économique ment comme un arracheur de dents.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’économie est devenue notre nouvelle religion. Une nouvelle religion qui a aussi ses lieux de culte, qu’on appelle des temples de la consommation. La seule différence, c’est que la religion a été créée pour que les gens n’aient plus peur de la mort alors que le capitalisme va plus loin, en les poussant au suicide.

Car le capitalisme est plein de belles promesses qu’il tient rarement. Pile comme les hommes politiques en somme. Mais c’est pas grave. Au départ, le capitalisme et ses prophètes – les politiques donc – agissent dans l’intérêt de tous, évidemment.

Un peu comme les Etats-Unis lorsqu’ils ont monté le bluff des armes de destruction massive soi-disant détenues par l’Irak. C’était pour protéger le monde de la hausse du prix du baril. Et accessoirement avoir assez de pétrole pour tourner 7 épisodes de Fast & Furious. Si ça c’est pas la preuve qu’ils l’ont fait pour le bien de l’humanité !

En fait, c’est à ça que sert le mensonge. C’est un acte altruiste. Une démarche bienveillante. Mentir, c’est tout sauf égoïste.

C’est pour ça mesdames, que quand vous demandez à votre copain s’il trouve que ce jean vous fait un gros cul, il vous répond invariablement « Mais nooooooon ! » et jamais « Bah évidemment, c’est un jean normal, pas un jean magique ». C’est pour vous faire plaisir.

C’est pour ça messieurs, que quand vous demandez à votre copine si elle a aimé, elle vous répond invariablement « Oh ouuuuuiiiiii ! » et jamais « J’sais pas, j’étais en train de finir une grille de Sudoku dans ma tête ».

C’est pour ça que tout le monde ment. Ou presque. En fait, dans la vie, il n’y a que quatre trucs qui ne mentent pas.

Les enfants.

Les mecs bourrés (encore que eux, on comprend que dalle quand ils parlent).

Les chiffres.

Et les pantalons hyper-moulants. Point.

Donc arrêtez de nous bassiner avec la vérité. On s’en fout. La réalité, ça fait vraiment chier les gens. Sinon, entre nous, L’Oréal ne ferait pas 23 milliards d’euros de Chiffre d’Affaires (je vous laisse réfléchir là-dessus).

Résumons, si vous voulez bien : depuis des milliers d’années, la religion, la politique et l’économie ont présidé aux destinés du genre humain, en démontrant que la réussite passe forcément par la plus grande des mythomanies.

Alors allons-y gaiement. Déculpabilisons-nous. Mentir, c’est bien. Mentir, c’est l’essence même de la vie.

Enfin je dis ça, mais vous n’êtes pas forcés de me croire hein.

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19 réflexions sur “Le vrai du faux

  1. Elendir dit :

    Article très bien pensé, je vous lis sur twitter depuis un moment (sans être inscrit) et j’adore, donc just go on !
    Se méfier du sang du Christ : il parait qu’en plus de supers pouvoirs il donne de super cancers aussi (mais chut : il faut vendre le beaujolais nouveau…)

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  2. Dulgan dit :

    J’aime bien lire ce que vous écrivez, mais j’aime pas les pubs degueulasses sous l’article. C’est comme avoir les couilles entre le marteau et l’enclume.

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  3. Jean-Philippe Lembeye dit :

    Des textes toujours très intéressants à lire. Bravo et merci.

    Néanmoins deux précisions en passant :

    Un fémur de Mammouth mesure environ 1m20 et au niveau de l’articulation c’est plus proche du ballon de foot que de la balle de ping-pong. Un fantasme assez intéressant à analyser, donc : – ) .

    Bluff sur les armes de distraction massive en Irak ? Que nenni ! L’administration russe a démontré la présence d’environ deux millions de télés dans ce pays.

    Amicalement,

    @ContesNains

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